Quand le corps hésite entre deux mondes
Nous sommes en février, dans cette zone floue où l'hiver s'étire encore mais où les premiers signes du printemps commencent à pointer. Les jours rallongent imperceptiblement, la lumière change, et votre corps le sent — même si dehors il fait encore froid.
Cette période de transition, qu'on appelle aussi intersaison, est délicate pour l'organisme. Ce n'est plus vraiment l'hiver, pas encore le printemps. Votre corps doit s'adapter à ces changements progressifs, et cette adaptation demande de l'énergie. C'est souvent à ces moments-là que surgissent les petits déséquilibres : fatigue inexpliquée, digestion capricieuse, rhumes à répétition, moral en dents de scie.
Ce que la sagesse chinoise nous apprend
La Médecine Traditionnelle Chinoise accorde une importance particulière à ces périodes d'intersaison. Elle considère qu'entre chaque saison, il existe une phase de transition d'environ 18 jours où l'énergie de la terre est particulièrement sollicitée pour permettre le passage d'une énergie saisonnière à l'autre.
Dans cette vision, c'est le couple Rate-Estomac (au sens énergétique, pas seulement l'organe physique) qui porte cette transition. La Rate, dans la pensée chinoise, est responsable de la transformation et du transport des nutriments, de la stabilité, de l'ancrage. Elle transforme ce que nous mangeons en énergie utilisable par le corps.
En naturopathie, nous retrouvons cette même logique sous un autre angle : la fonction digestive est au cœur de votre vitalité. Un système digestif équilibré, c'est une bonne assimilation des nutriments, une immunité solide, une énergie stable. Et inversement, quand la digestion est perturbée, tout le reste suit.
Les signes que votre corps peine à gérer la transition
Votre organisme vous envoie des signaux lorsqu'il a du mal à s'adapter aux changements de saison :
Sur le plan digestif :
- Ballonnements plus fréquents, sensation de lourdeur après les repas
- Transit perturbé (alternance diarrhée/constipation)
- Fringales de sucre, envies de grignoter
- Digestion lente, nausées légères
Sur le plan énergétique :
- Fatigue qui s'installe dès le matin
- Difficultés à vous concentrer, "tête dans le brouillard"
- Besoin de dormir plus sans pour autant vous sentir reposé(e)
- Sensation de lourdeur dans le corps, comme si vous portiez un poids
Sur le plan immunitaire :
- Rhumes, maux de gorge à répétition
- Infections qui traînent, convalescences longues
- Sensibilité accrue aux virus ambiants
Sur le plan émotionnel :
- Tendance à la rumination mentale
- Inquiétudes diffuses, anxiété sans objet précis
- Difficulté à prendre des décisions
- Sensation de ne plus savoir où on en est
Ces manifestations ne sont pas anodines : elles indiquent que votre système digestif, votre immunité et votre énergie vitale ont besoin de soutien pour négocier ce passage.
Nourrir votre système digestif pendant la transition
L'intersaison est le moment parfait pour alléger la charge de votre système digestif et lui offrir ce dont il a besoin pour bien fonctionner.
Privilégiez les aliments "terre" :
Ce sont les aliments qui stabilisent, réchauffent, ancrent. En cette période de transition, votre corps en a particulièrement besoin :
- Les céréales complètes ou semi-complètes : riz, millet, quinoa, avoine. Elles apportent une énergie stable et durable.
- Les légumes racines : carottes, panais, betteraves, navets. Ils ancrent et nourrissent en profondeur.
- Les courges (s'il en reste !) et les légumes doux comme les patates douces
- Les légumineuses bien cuites : lentilles, pois chiches, haricots rouges — sources de protéines végétales et de fibres
- Les aliments légèrement sucrés naturellement : châtaignes, dattes, figues séchées (avec modération)
Cuisinez simplement et chaleureusement :
Pendant l'intersaison, privilégiez :
- Les cuissons douces : vapeur, mijotage, soupes, bouillons. Votre système digestif dépense moins d'énergie pour traiter des aliments cuits que crus.
- Les plats chauds et réconfortants : potages de légumes, porridges, risottos, ragoûts de légumes
- Les épices digestives : gingembre frais (réchauffant et tonique), cannelle, cardamome, fenouil
- Les aromates : thym, romarin, laurier dans vos plats mijotés
Ce qu'il vaut mieux éviter temporairement :
Pour ne pas surcharger votre système digestif déjà sollicité par l'adaptation :
- Les excès de sucres rapides et raffinés (ils épuisent la fonction digestive, quelque soit la saison…)
- Les aliments trop froids : crudités en excès, smoothies glacés, glaces
- Les graisses saturées en excès : fritures, charcuteries, plats très riches
- L'alcool qui fatigue le foie
- Les repas trop copieux, trop tard le soir
Pensez aux aliments lactofermentés :
La choucroute, les légumes lactofermentés, le kéfir, le miso sont vos alliés. Ils nourrissent votre microbiote intestinal, soutiennent votre immunité et facilitent la digestion. Une petite portion à chaque repas suffit.
Adapter votre rythme
Au-delà de l'alimentation, votre corps a besoin de régularité pendant ces phases de transition :
- Mangez à heures régulières. Votre système digestif fonctionne mieux avec des repas pris à peu près aux mêmes horaires chaque jour. Cela lui permet d'anticiper et de préparer les sucs digestifs.
- Prenez le temps de mâcher. La digestion commence dans la bouche. Mâcher longuement soulage l'estomac et permet une meilleure assimilation.
- Respectez votre faim et votre satiété. Pas de repas forcés, pas de portions "parce qu'il faut". Votre corps sait ce dont il a besoin.
- Accordez-vous une vraie pause à midi. Manger devant l'écran en gérant trois dossiers simultanément, ce n'est pas nourrir son corps, c'est le stresser davantage.
- Buvez des tisanes digestives entre les repas : fenouil, mélisse, camomille romaine, menthe poivrée (celle-ci plutôt après les repas).
Soutenir votre énergie vitale
L'intersaison est aussi le moment de reconstituer vos réserves :
Assurez-vous d'un apport suffisant en micronutriments :
- Vitamine D : nous sommes en fin d'hiver, vos réserves sont au plus bas. Une supplémentation peut être judicieuse.
- Magnésium : essentiel pour l'énergie, le système nerveux, la gestion du stress. On le trouve dans les oléagineux, les céréales complètes, les légumes verts.
- Zinc : soutient l'immunité. Présent dans les fruits de mer, les graines de courge, les légumineuses.
- Vitamines B : pour l'énergie et le système nerveux. Dans les céréales complètes, les légumineuses, les œufs.
Tous les compléments alimentaires ne se valent pas : la biodisponibilité, les dosages et la qualité des matières premières font toute la différence. Je peux vous conseiller sur les formes les plus adaptées et efficaces pour vos besoins spécifiques.
Maintenez une activité physique douce :
Marcher, bouger régulièrement, sans forcer. Le mouvement fait circuler l'énergie et soutient la digestion.
Dormez suffisamment :
L'adaptation demande de l'énergie. Offrez à votre corps le repos dont il a besoin pour se régénérer.
Une période pour observer et ajuster
L'intersaison n'est pas un moment de grande révolution alimentaire. C'est un moment d'observation attentive : comment votre corps réagit-il ? De quoi a-t-il vraiment besoin ? Qu'est-ce qui le nourrit, qu'est-ce qui le fatigue ?
Cette période de transition de février est aussi une préparation. Dans quelques semaines, le printemps arrivera avec son élan de renouveau, son envie de détoxification, sa montée d'énergie. Mais pour que votre corps puisse accueillir cette dynamique printanière, il a besoin d'une base stable maintenant.
Nourrir votre système digestif en février, c'est préparer votre vitalité pour mars.
Prendre soin de votre ancrage aujourd'hui, c'est vous donner les moyens de vous déployer demain.
L'intersaison nous rappelle une vérité essentielle : on ne peut pas aller bien dans le mouvement si on n'est pas stable dans le passage. Et cette stabilité se construit par les choix quotidiens, simples et bienveillants, que vous faites pour votre corps.
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