01/02/2026 , Temps estimé de lecture : 5 mins
Vous reconnaissez peut-être cette sensation : l'envie que quelque chose change, mais aussi la peur de lâcher ce qui est familier. L'élan vers le nouveau, freiné par l'attachement à l'ancien. Cette ambivalence n'est pas un défaut de caractère, c'est simplement ce qui se joue dans toute transition véritable.
Car une transition, ce n'est pas juste passer d'un point A à un point B. C'est traverser une zone neutre, un entre-deux où l'on n'est plus ce qu'on était, sans être encore ce qu'on devient. Et cette zone neutre est inconfortable par nature.
Les passages — qu'ils soient choisis ou subis — font remonter à la surface des questions profondes :
Ces questions surgissent dans les grandes transitions de vie (séparation, reconversion, deuil, déménagement), mais aussi dans les plus petites (changement d'habitude, nouvelle dynamique relationnelle, évolution professionnelle).
Et février, avec son énergie de fin d'hiver, porte en lui ce symbolisme du passage. Le calendrier chinois le sait bien : nous quittons l'année du Serpent (introspection, transformation silencieuse) pour entrer dans l'année du Cheval (mouvement, élan, expression). Un changement d'énergie profond.
Notre psychisme est programmé pour la stabilité, la cohérence, la continuité. Lâcher l'ancien, même quand il ne nous convient plus, même quand il nous fait souffrir, demande un effort psychique considérable.
L'ancien est connu. Même s'il est inconfortable, il est familier. Votre mental sait comment y naviguer, quels schémas activer, quelles stratégies déployer. C'est rassurant, même quand c'est douloureux.
Le nouveau est incertain. Il n'offre aucune garantie. Vous ne savez pas si vous allez y trouver ce que vous cherchez. Cette incertitude génère de l'anxiété, parfois au point de vous faire renoncer au changement.
Lâcher, c'est faire le deuil. Même quand on quitte volontairement quelque chose, il y a toujours une part de deuil à traverser. Deuil de ce qui aurait pu être, deuil de l'énergie investie, deuil d'une version de soi-même.
En PNL humaniste, nous parlons souvent des bénéfices secondaires : ce que l'ancien nous apporte malgré sa toxicité apparente. Par exemple, rester dans une situation insatisfaisante peut vous éviter de prendre des risques, de vous confronter à vos peurs, ou d'assumer la responsabilité de votre bonheur. Identifier ces bénéfices cachés est souvent la clé pour enfin lâcher.
William Bridges, psychologue américain, a identifié trois phases dans toute transition :
C'est le moment où vous reconnaissez que quelque chose se termine. Cela demande d'accepter la perte, de faire le deuil, de nommer ce qui s'en va. Cette phase peut être triste, douloureuse, déroutante. Elle est nécessaire.
Vous ne pouvez pas accueillir le nouveau si vous restez agrippé à l'ancien. Lâcher ne signifie pas oublier ou renier, mais accepter que ce cycle est achevé.
C'est le passage dans le brouillard. Vous avez lâché l'ancien, mais le nouveau n'est pas encore là. Vous vous sentez perdu(e), flottant(e), peut-être vidé(e) de sens. Cette phase est la plus difficile psychologiquement.
Pourtant, c'est dans cette zone neutre que se joue la transformation véritable. C'est là que vous vous réinventez, que de nouvelles possibilités émergent, que votre identité se reconstruit. Cette phase ne peut pas être court-circuitée.
Progressivement, des contours apparaissent. Vous commencez à sentir une nouvelle énergie, de nouvelles envies, une nouvelle clarté. Le nouveau prend forme. Vous ne savez pas encore tout, mais vous avancez avec plus de confiance.
Cette phase demande de l'ouverture, de la curiosité, et la capacité à accepter que ce nouveau ne ressemblera peut-être pas à ce que vous aviez imaginé.
Nommez ce qui se passe. Mettez des mots sur ce que vous vivez : « Je suis en transition », « Je traverse une zone inconfortable », « Je lâche quelque chose d'important pour moi ». La conscience diminue l'angoisse.
Honorez ce qui s'en va. Prenez le temps de reconnaître ce que l'ancien vous a apporté, même s'il est temps de partir. Un rituel symbolique peut aider : écrire une lettre que vous brûlez, ranger un objet, clore un chapitre consciemment.
Acceptez de ne pas savoir. Vous n'avez pas besoin d'avoir toutes les réponses maintenant. L'incertitude fait partie du processus. Respirez dans l'inconfort.
Identifiez vos besoins dans le passage. De quoi avez-vous besoin pendant cette transition ? Soutien, temps, solitude, mouvement, créativité, repos ? En Communication Non Violente, nous savons que répondre à nos besoins diminue considérablement la souffrance.
Entourez-vous de présences soutenantes. Les transitions sont plus faciles quand on ne les traverse pas seul(e). Parlez à des personnes qui vous comprennent, qui ne vous jugent pas, qui peuvent simplement être là.
Créez des petits rituels de passage. Marcher dans la nature, écrire, méditer, pratiquer le Qi-Gong. Ces rituels ancrent symboliquement le passage et donnent un cadre à ce qui peut sembler chaotique.
Faites-vous accompagner si nécessaire. Un accompagnement en psychopratique peut être précieux pour clarifier ce qui se joue, identifier les résistances inconscientes, et traverser la transition avec plus de conscience et moins de souffrance.
La nature nous enseigne quelque chose de profond : les saisons changent, que nous le voulions ou non. L'hiver se termine, le printemps arrive. Les arbres ne se demandent pas s'ils sont prêts à bourgeonner. Ils suivent le mouvement de la vie.
Vous aussi, vous êtes dans ce mouvement. Les transitions font partie de la vie — elles ne sont pas des accidents de parcours, mais le tissu même de l'existence. Résister aux transitions, c'est résister à la vie elle-même.
Accepter ne signifie pas se résigner. C'est reconnaître ce qui est, cesser de lutter contre la réalité, et choisir comment vous voulez traverser ce passage.
Février vous invite à cette acceptation. À lâcher ce qui doit partir. À faire de la place pour ce qui veut émerger. À traverser l'inconfort de la zone neutre en sachant que, de l'autre côté, quelque chose de nouveau vous attend.
Peut-être quelque chose de meilleur. Peut-être simplement quelque chose de différent. Mais quelque chose qui sera plus aligné avec qui vous êtes en train de devenir.
Car vous n'êtes pas figé(e). Vous êtes un être vivant, en mouvement, en transformation perpétuelle. Et les transitions ne sont que la manifestation visible de cette vie qui pulse en vous.
Si cet article vous a été utile, n'hésitez pas à lui donner un coup de pouce en cliquant sur :
Nous avons vu ensemble comment le corps peine parfois à gérer les transitions de saison, et comment l'esprit peut se sentir désorienté face au passage de l'ancien au nouveau. Le Qi-Gong nous offre...